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Archives Mensuelles: septembre 2012

richard diebenkorn: ocean park series, 1975

En 1994 Serge Lutens lança Iris Silver Mist. Il avait appelé le nez Maurice Roucel pour développer ce parfum, donc il s’agissait d’une idée assez éloignée de l’univers feutré et orientaliste des opus précédents présentés par la marque. On dit que la source d’inspiration pour ce récit a été Simonetta Vespucci. Maîtresse de Julien de Médicis et muse de Botticelli et Piero di Cosimo, Simonetta fut célèbre a Florence par sa beauté. Morte à 23 ans de la tuberculose, d’après ce que dit la légende elle se parfumait en iris et son odeur était autant connue que son charme.

Il paraît que les premières compositions de Roucel étaient assez loin de ce que Lutens avait dans sa tête. Les nouveaux essais ne contenaient jamais assez d’iris, donc le nez a dû utiliser, outre à l’essence du rhizome toscan, tous les éléments de son orgue à parfums qui apportaient des facettes irisées. En plus de l’iris majestueux, terreux, réaliste, j’ai une impression de violette très poudrée, enracinée dans une couche d’encens, ambre blanc et benjoin de Chine. Après le prélude grinçant la violette et l’encens s’emmêlent à l’iris et s’embrument.

Pourrait-on parler d’une fleur presque médievale, sculptée sur la pièrre, très ciselée? D’une forteresse infranchissable aussi? Sur moi il est tiède, charnel, d’une sensualité très chaste. Même si l’on le décrit souvent comme métalique ou glaçant, pour moi Iris Silver Mist est un parfum pour le froid du printemps ou pour le frais de l’été. Il est humide et grisâtre, mais son intérieur garde de la chaleur comme les arbres gardent, tout au long de l’hiver, du printemps dans leurs branches.

Serge Lutens le décrit comme « la grâce », mais j’y ajoute « la vertu ». Pas la vertu du corps, mais de l’âme donnée en offrande. Iris Silver Mist est un miracle olfactif et je remercie ces deux orfèvres, Lutens et Roucel, pour nous l’avoir offert.

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Ça fait longtemps que l’idée d’écrire un blog en français pour parler de parfums planait sur ma tête comme une volée de corbeaux furieux. L’excuse auto-indulgente qui me permettait de retarder son début était terriblement simple: le français est ma langue d’adoption et je ne veux pas, je ne peux pas me payer le luxe de faire des erreurs de n’importe quel genre. Les oiseaux croassaient sans relâche, et cette page a été le seul moyen de les chasser.

Serge Lutens dit que le parfum est « une sorte de palais intérieur, une architecture de cristal délicieuse. » Le pavillon de l’élégance est le nom que Frederic Mompou donna au morceau qui clôture ses Souvenirs de l’Exposition  de 1937. Lorsque j’imagine ce pavillon j’y vois clairement une structure à la Mies van der Rohe toute éclatante de pureté, de justesse et de beauté. En revanche le palais de mes parfums se transforme en suivant les envies, les états d’esprit ou les saisons.

S’il faut le dire, ceci est un blog pour le partage et pour la contemplation.

En y regardant deux fois, donc, je commence ici.