jeanne d’arc

carl theodor dreyer: la passion de jeanne d’arc, 1928

L’oliban est une résine produite par les arbres mâles des espèces du genre Boswellia, originaire de l’actuel Oman et cultivé aussi en Somalie et au Yémen. Il faut attendre une dizaine d’années pour que l’arbre fournisse la résine. L’écorce est incisée et l’on récolte les sécrétions des troncs  trois semaines plus tard. Il y a deux types de résine d’oliban, le premier étant le plus précieux: l’encens blanc (c’est-à-dire, la résine recueillie en automne d’après les incisions estivales) et l’encens roux (les concrétions ramassées au printemps à la suite des incisions hivernales).

Orchanos fit enterrer sa fille Leucothoé vivante. Hélios, amoureux d’elle, incapable de supporter sa souffrance, changea Leucothoé en tige d’encens. Ovide évoque de cette façon, dans ses Métamorphoses, la naissance du premier arbre de Boswellia.

Le nom que les Égyptiens lui donnèrent, sénetecher, signifie « ce qui rend divin ». Le mot «encens» fut emprunté au latin ecclésiastique vers 1135 (incensum désignait une matière brûlée en sacrifice). Le pouvoir mystique de l’encens, célébré par la religion, fut aussi économique: la route de l’encens agrandit la fortune de plusieurs royaumes et pendant le Moyen-âge la résine fut considérée plus précieuse que l’or.

Ce n’est pas la martyre qui m’inspire, mais Maria Falconetti en jouant le rôle principal dans le film de Dreyer: son rapport avec la caméra, les nuances de son interprétation, la plasticité de son visage. Il paraît que le tournage de La passion de Jeanne d’Arc fut un éclatement de couleur et de tissus brillants. Le blanc et noir du résultat final, en revanche, est un dépouillement de tous les éléments qui fait enlever l’essence de l’histoire et de son personnage comme une volute de fumée.

I

Serge Lutens – Serge Noire

Lorsque Lutens décrit un parfum comme « l’esthète » il faut bien faire attention. Christopher Sheldrake signe ce bloc d’encens brutal et narcotique en 2008. Injectant camphre, poivre noir et clou de girofle dans l’air, les premières minutes en sont presque injurieuses. Une odeur de transpiration aigre bouleverse les narines avant qu’une corbeille de prunes confites n’arrive subtilement parfumée au patchouli. L’esthète, ou l’ascète (car la serge est utilisée pour les soutanes et les uniformes militaires), nous fait fléchir.

II

Lorenzo Villoresi – Incensi

Le parfumeur florentin livra cette eau de toilette en 1997. Un encens réaliste et classiciste, dans lequel l’odeur de l’oliban est amplifiée par le baume Tolu et plusieurs résines (styrax, benjoin, élémi) tout en gardant une dimension très légère. La bergamote, le pavot et la baie du genévrier démentent cette fausse impression de cologne à l’ancienne. Il reste une option moins capiteuse de l’encens pour l’été et une belle alternative à Avignon de Comme des Garçons.

III

Etro – Messe de Minuit

Jacques Flori acheva ce parfum en 1994. Messe de Minuit est riche, épais, enivrant. La base d’encens, myrrhe et labdanum, solide et imperturbable, est vivifiée par une mielée overdose d’agrumes (citron, orange, bergamote, petit-grain). Comme la messe dont il porte le nom, il trouve sa place en hiver. Étant un peu moins facile à porter que les deux encens exposés ci-dessus, il reste un monument pour lequel il faut remercier la prise de risque de la marque milanaise.

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