bornéo 1834

conrad marca-relli: figurative form, 1958

conrad marca-relli: figurative form, 1958

Le patchouli, résine distillée des feuilles du Pogostemon cablin originaire de l’Indonésie, devient le fil rouge de ce parfum, mais les facettes terreuses et camphrées de la plante sont ici exacerbées. Bornéo et 1834 sont l’endroit et la date d’envoi du premier patchouli arrivé en Europe. Il n’était en essence, mais en feuille séchée: tout caché entre les rouleaux de soie débarqués, il protégeait le tissu des teignes et maquillait l’odeur des teintures et de leurs fixatifs.

Bornéo 1834 est du patchouli réinterprété. Réinterpréter, ou bien « je vois ça comme ça » ou même « ça c’est bien mais je vais le faire en plus beau », est une chose que Serge Lutens maîtrise. En 2005 il confia à Christopher Sheldrake encore une fois un nouvel opus pour la collection. La densité liquoreuse du patchouli est garnie avec du camphre et du galbanum, ce qui lui confère une dimension très médicinale. Le cacao, amer et très terreux, est façonné par cette eau-de-vie dans laquelle plusieurs racines de réglisse s’imbibent d’alcool. La douceur ne reste pas longtemps: le ciste-labdanum et la résine de cannabis (peut-être un clin d’œil aux hippies des années 70 qui ont popularisé l’accord patchouli car il camouflait l’odeur des joints) arrivent tout de suite, se déposent.

Les premières minutes de Bornéo 1834 sont de l’air clos dans le laboratoire d’un apothicaire: médicamenteux, mystérieux, attirant. Le camphre et le patchouli y sont bien présents. Le cacao, poussiéreux et sec, pourrait même nous faire éternuer. La réglisse, très soulignée, risque toujours d’être dérangeante, mais elle n’y arrive jamais. Bornéo 1834 fait d’une pierre deux coups: un beau patchouli qui n’est pas sucré. Sur la peau ses contrastes s’équilibrent et ses formes s’emboîtent.

D’un développement assez linéal, Bornéo 1834 reste un parfum présent mais très discret. Il devient un intérieur sombre, douillet, à la lumière feutré, qui nous rappelle que parfum de caractère et parfum strident ne sont pas forcément la même chose.

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