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Archives Mensuelles: avril 2013

odile redon: un étrange jongleur, 1885

odile redon: un étrange jongleur, 1885

Il paraît que le botaniste Jean Robin (1550 – 1629), garde du Jardin des Plantes, aurait étendu en France la vogue d’un bulbe qui n’était cultivé auparavant qu’en Provence et dans le Languedoc. La tubéreuse, Polianthes tuberosa, originaire du Mexique, possède une histoire aussi riche que son parfum enivrant. On ne la cultive plus en France, mais en Inde: dans le sud du pays on l’appelle rajoni-ghanda, senteur de nuit.

La lune vint à la forge
en jupe de tubéreuse
et l’enfant ouvrit sur elle,
ouvrit, ouvrit ses grands yeux.

Si la poésie de García Lorca dût devenir une fleur, il s’agirait certainement de la tubéreuse. Une inflorescence d’une rare beauté, un parfum d’une intensité exceptionnelle: voici deux éléments qui, à mon avis, décrivent aussi ses vers. En outre, la tubéreuse est une image, un symbole, qui se montre très souvent tout au long de son œuvre. Pourtant, la timidité du poète n’aurait jamais permis l’utilisation d’une tubéreuse trop envahissante : j’ai choisi trois versions de cette fleur pour revêtir tous ces mots qui me sont tellement chers.

I

L’Artisan Parfumeur – Nuit de Tubéreuse

La plus légère des tubéreuses proposées dans cet article est composée par Bertrand Duchaufour en 2010. Son départ est un subtil chatouillement de cardamome et de poivre rose. Après, l’ylang-ylang et la fleur d’oranger se fondent à la tubéreuse dans les notes de cœur, rondes. Le fond, santal lacté et musc blanc, sur la peau se perd, en sourdine.

II

Serge Lutens – Cèdre

Christopher Sheldrake bâtit, en 2005, ce temple vivant dont les colonnes en bois sécrètent une résine collante et parfumée, le tout se nourrissant de clou de girofle et d’ambre. Nonchalant, parfois impertinent, on y retrouve quelques (toujours pardonnables) insolences à la Lutens: un cannelé pain d’épices et un sapin magique haut de gamme qui, assortis, vont très bien ensemble.

III

Diptyque – Do Son

Créé par Fabrice Pelegrin en 2005, ce parfum est une sorte de trompe-l’œil. Les premiers instants sont une explosion de tubéreuse et de néroli, médicinaux et agressifs, qui se mêlent au froissement d’un feuillage imaginaire qui arrive quelques minutes plus tard.  Le fond est bien celui d’un musc blanc, mielé, poudré d’iris, charnel. Do Son est une aube blanche, un réveil.