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Archives Mensuelles: mai 2013

marià fortuny: los hijos del pintor en el salón japonés, 1874 [détail]

mariano fortuny: los hijos del pintor en el salón japonés, 1874 [détail]

Je me souviens que, lors du lancement l’année 2000, Serge Lutens présenta Sa Majesté la Rose en parlant de mythologie grecque. Je ne sus que plus tard que le parfum s’inspirait d’Oriane de Guermantes : il prend trois absolus de rose de la même façon que le personnage de la duchesse de Guermantes est l’amalgame de trois femmes du Paris de l’époque.

Christopher Sheldrake composa ce soliflore en fondant l’essence, donc, de roses provenant de trois endroits : le Maroc, la Turquie, la Bulgarie. Pour le départ, déployé en verdure naturaliste, le lychee et la camomille offrent son côté le plus potager et réaliste. La suite est inattendue : la feuille de géranium et le clou de girofle remplacent la végétation et transforment le paysage. Le fond laiteux tresse le miel et le gaïac avant de se plonger dans un étang de muscs vaguement animaux.

Les étiquètes sont toujours injustes : Sa Majesté la Rose ne doit pas forcément se consacrer aux femmes. Chez moi il se transforme, il se virilise. La première vaporisation injecte une substance verte et frappante, très herbacée et pas du tout florale. C’est un bouton clos, encore entouré de ses sépales, à peine écrasé entre les doigts. Sur ma peau le géranium envahit le tout, solaire et nonchalant. La rose devient son ombre, sa feuille fleurante. Le fond, un miel animal et sec, s’éteint sereinement.

Voici donc une rose réelle, botanique ; une dissection. J’ai du mal à la placer dans le Maroc chéri de Lutens : elle me plaît un peu plus au milieu d’un jardin andalou, toute entourée de géraniums-lierre et de verveines. La dépossédant de toutes les lourdeurs possibles, elle irradie et rayonne.

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bob mizer: unknown (jumping), 1973

bob mizer: unknown (jumping), 1973

Le nom de ce parfum cache un vétiver moelleux et distingué. Je dis « cache » parce qu’en lisant gros électricien l’on risque de décider qu’il s’agit d’une odeur de sueur aigre et, conséquemment, de s’empêcher de jouir de cette jolie vision de la racine renommée. L’histoire qui nourrisse le communiqué présenté par la maison est la suivante :

Sa beauté aurait pu être un capital. […] Jouvence pour femmes fardées, substance pour fêtes tardives ou promenade de santé pour fortunes de Palm Beach, sa splendeur s’est consumée au service des autres. Devenu Fat Electrician dans sa maison du New Jersey, il a mis son talent dans sa déchéance.

Antoine Maisondieu créa cette eau de parfum en 2009. Le vétiver est certes son fil rouge, mais une ombre mystérieuse et adoucissante de myrrhe et opoponax, caramélée de vanille et de fève tonka, reste à l’affût. Les notes de tête, peut-être la partie la plus surprenante de la composition, sont un accord « crème de marron » et une brassée de feuilles d’olivier.

Je ne saurais pas déterminer une saison appropriée à l’usage de Fat Electrician, car les plaisirs qu’il m’offre changent selon la température. Lorsqu’il fait froid ma peau dévoile l’âpreté d’un vétiver brut, fumé, goudronné, avec un lointain souvenir des arbustes de myrte qui poussent en méditerranée et un fond résineux d’arbre centenaire. L’été, il ébauche une sorte d’oriental charmant, presque trop sucré mais énormément plaisant grâce à ce marron glacé enjôleur et sa ténue sur mesure.

État Libre d’Orange nous offre un opus viril, coquin, d’une sensualité à peu près réprimée. Ce vétiver savoureux ouvre l’éventail de possibilités réservées aux amateurs de cette matière avec une variation qui échappe aux eaux propres et sages: une dentelle de gomme brûlée, édulcorée, addictive.

cy twombly: free wheeler, 1955

cy twombly: free wheeler, 1955

La Farmacia Santissima Annunziata, fondée en 1561 dans un palais propriété des religieuses bénédictines de San Nicolò, est l’une des pharmacies les plus antiques et prestigieuses d’Italie. Parmi toutes les préparations qui façonnent l’ensemble de ses recettes, la maison nous procure une distinguée collection de parfums. La Santissima Annunziata devient, conséquemment, l’une des destinations inéluctables de l’amateur de parfums qui découvre Florence.

L’eau de parfum 450 naît en 2011 pour fêter l’anniversaire de la naissance de la maison et pour honorer la ville toscane. La description apportée par la marque est bien discrète (je me dis qu’il vaut mieux que ça soit comme ça) : des muscs, des aromates, des fleurs, des notes ambrées. L’iris y règne, ça c’est sûr, mais de façon bienveillante et transparente. Le cuir et l’encens, je ne sais pas si grâce à l’odorat ou bien à la suggestion de la vendeuse, y sont manifestes et souples. Le fond, baumé et humble, caresse tout.

Sur ma peau 450 se déguise en carré de simples médiéval, promesse de guérison : du thym, de la marjolaine ; j’y entrevois également un certain laurier. L’iris y arrive tout de suite, cireux et balsamique, précédé d’un musc cotonneux. Le fond ambré, décoré de vétiver, se pose et repose. Le tout me semble une formule fournie de passé mais en défiant l’avenir, placide et solide. (J’ajouterais à mes notes un rappel à Bois d’Argent d’Annick Menardo pour Christian Dior, mais en plus aromatique et « bien élevé ».)

450 est une belle révision du rhizome toscan que ses fidèles vont certainement apprécier. Une cologne d’iris, austère et charmante, raffiné et formidable comme un gentleman florentin de la fin du XVIIIe. Je m’amuse en voyant que l’iris, source infinie d’inspiration, grande dame, est capable d’amorcer une conversation avec n’importe qui : ses facettes, lorsqu’elles sont dressées avec du talent, la font toujours plus désirable à mes narines.