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iris

cy twombly: free wheeler, 1955

cy twombly: free wheeler, 1955

La Farmacia Santissima Annunziata, fondée en 1561 dans un palais propriété des religieuses bénédictines de San Nicolò, est l’une des pharmacies les plus antiques et prestigieuses d’Italie. Parmi toutes les préparations qui façonnent l’ensemble de ses recettes, la maison nous procure une distinguée collection de parfums. La Santissima Annunziata devient, conséquemment, l’une des destinations inéluctables de l’amateur de parfums qui découvre Florence.

L’eau de parfum 450 naît en 2011 pour fêter l’anniversaire de la naissance de la maison et pour honorer la ville toscane. La description apportée par la marque est bien discrète (je me dis qu’il vaut mieux que ça soit comme ça) : des muscs, des aromates, des fleurs, des notes ambrées. L’iris y règne, ça c’est sûr, mais de façon bienveillante et transparente. Le cuir et l’encens, je ne sais pas si grâce à l’odorat ou bien à la suggestion de la vendeuse, y sont manifestes et souples. Le fond, baumé et humble, caresse tout.

Sur ma peau 450 se déguise en carré de simples médiéval, promesse de guérison : du thym, de la marjolaine ; j’y entrevois également un certain laurier. L’iris y arrive tout de suite, cireux et balsamique, précédé d’un musc cotonneux. Le fond ambré, décoré de vétiver, se pose et repose. Le tout me semble une formule fournie de passé mais en défiant l’avenir, placide et solide. (J’ajouterais à mes notes un rappel à Bois d’Argent d’Annick Menardo pour Christian Dior, mais en plus aromatique et « bien élevé ».)

450 est une belle révision du rhizome toscan que ses fidèles vont certainement apprécier. Une cologne d’iris, austère et charmante, raffiné et formidable comme un gentleman florentin de la fin du XVIIIe. Je m’amuse en voyant que l’iris, source infinie d’inspiration, grande dame, est capable d’amorcer une conversation avec n’importe qui : ses facettes, lorsqu’elles sont dressées avec du talent, la font toujours plus désirable à mes narines.

richard diebenkorn: ocean park series, 1975

En 1994 Serge Lutens lança Iris Silver Mist. Il avait appelé le nez Maurice Roucel pour développer ce parfum, donc il s’agissait d’une idée assez éloignée de l’univers feutré et orientaliste des opus précédents présentés par la marque. On dit que la source d’inspiration pour ce récit a été Simonetta Vespucci. Maîtresse de Julien de Médicis et muse de Botticelli et Piero di Cosimo, Simonetta fut célèbre a Florence par sa beauté. Morte à 23 ans de la tuberculose, d’après ce que dit la légende elle se parfumait en iris et son odeur était autant connue que son charme.

Il paraît que les premières compositions de Roucel étaient assez loin de ce que Lutens avait dans sa tête. Les nouveaux essais ne contenaient jamais assez d’iris, donc le nez a dû utiliser, outre à l’essence du rhizome toscan, tous les éléments de son orgue à parfums qui apportaient des facettes irisées. En plus de l’iris majestueux, terreux, réaliste, j’ai une impression de violette très poudrée, enracinée dans une couche d’encens, ambre blanc et benjoin de Chine. Après le prélude grinçant la violette et l’encens s’emmêlent à l’iris et s’embrument.

Pourrait-on parler d’une fleur presque médievale, sculptée sur la pièrre, très ciselée? D’une forteresse infranchissable aussi? Sur moi il est tiède, charnel, d’une sensualité très chaste. Même si l’on le décrit souvent comme métalique ou glaçant, pour moi Iris Silver Mist est un parfum pour le froid du printemps ou pour le frais de l’été. Il est humide et grisâtre, mais son intérieur garde de la chaleur comme les arbres gardent, tout au long de l’hiver, du printemps dans leurs branches.

Serge Lutens le décrit comme « la grâce », mais j’y ajoute « la vertu ». Pas la vertu du corps, mais de l’âme donnée en offrande. Iris Silver Mist est un miracle olfactif et je remercie ces deux orfèvres, Lutens et Roucel, pour nous l’avoir offert.